«Nous voulons une vie qui a du sens. Si vous, en tant que leaders du monde, respectez les droits de l'Homme, alors vous devez travailler à une solution permanente et nous laisser vivre dans la dignité en attendant », écrit Duaa Ardat, une réfugiée palestinienne au Liban, qui enseigne dans l'un des nombreux camps du pays qui ont gonflé au-delà des limites étant donné que les Syriens ont afflué au cours des cinq dernières années.

   Si vous, en tant que leaders du monde, respectez les droits de l'Homme, alors vous devez travailler à une solution permanente et nous laisser vivre dans la dignité en attendant   

Duaa Ardat, une réfugiée palestinienne au Liban

Ardat est l'une des écrivaines à We Are Not Numbers, un projet de l'Observatoire Euro-Méditerranéen des droits de l’Homme, basé à Genève, qui a délivré sa lettre aujourd'hui aux ministres des Affaires étrangères des Etats membres de l'UE et au Haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères et la politiques de sécurité. La lettre arrive alors que l'ONU tient son Sommet sur les migrants et les réfugiés, suivi du Sommet des leaders du président Barack Obama sur les réfugiés.

« Nous avons récemment consacré la plus grande quantité de notre travail aux réfugiés – à défendre leurs droits, à plaider pour leur protection et à amplifier leur voix», déclare Ramy Abdu, président d’Euro-Med. « Au cours de ces deux jours et de l'année à venir, nous ferons pression pour cinq objectifs que nous jugeons essentiels vis-à-vis de la majorité de la rhétorique improductive et diabolisante passée qui a marqué le débat sur les réfugiés à ce jour. » Ces objectifs sont les suivants:

1- Accord sur des mécanismes pour travailler en étroite collaboration avec les pays d'origine et de transit pour identifier et mettre en œuvre des moyens sécuritaires humanitaires pour protéger les droits des réfugiés et fournir des pistes d'opportunités pour un avenir meilleur, tout en maintenant la paix et la sécurité internationales.

2- Adoption de politiques axées sur le développement et l'autosuffisance des réfugiés plutôt que de simplement fournir du secours. Nous approuvons les paroles d’Oxford Kuhlman: «Il est préférable de prévoir une situation des réfugiés prolongée plutôt qu’une crise de courte durée. C’est seulement si au cours de la première année, il apparaît déjà évident que les réfugiés seront bientôt en mesure de rentrer chez eux, que les programmes visant à l'intégration locale peuvent être abandonnés ».

3- Condamnation publique, appuyée par une action de fond, de toute forme de xénophobie, qu'elle soit fondée sur la religion, la race, la couleur, l’origine culturelle ou nationale, où qu’elle existe ou par quiconque elle est pratiquée, promue ou même tolérée.

4- Allocation d'une attention égale aux populations de réfugiés à long terme, comme les Palestiniens dans toutes leurs localisations, aussi bien qu’à la «crise d'aujourd'hui. »

   Nous avons récemment consacré la plus grande quantité de notre travail aux réfugiés – à défendre leurs droits, à plaider pour leur protection et à amplifier leur voix   

Ramy Abdu, président d’Euro-Med

 

5- Autonomisation et soutien des défenseurs des réfugiés par une aide financière, l'accès à l'information et l'utilisation de « sermons d'intimidation » officiels.

«Aujourd'hui, étant donné que les politiciens se disputent sans cesse au sujet de qui doit nous prendre, nous sommes forcés de choisir entre vivre ici [au Liban et autres pays de transit], dans l'espoir vain de retourner dans notre patrie un jour, ou émigrer illégalement pour trouver notre dignité, même si cela signifie risquer nos vies en mer. Au lieu de travailler à une solution à long terme, vous construisez des murs et encore plus de camps de détention », écrit Ardat. « Dans le cas des Palestiniens du Liban et d’ailleurs, nous avons l’impression que nous avons été oubliés étant donné que d'autres prennent notre place dans l’actualité. » Les Palestiniens ont payé un lourd tribut car le conflit qui les a forcés à fuir leur patrie— la création d'Israël en 1948 sur les terres où les Palestiniens vivaient—n'a jamais été résolu par la communauté internationale.

Ainsi, 2 millions de Palestiniens ont vécu dans les limbes pendant 68 ans, dont plus de 300 000 au Liban; en fait, la plupart de ceux qui vivent dans ce pays aujourd'hui y sont nés. Pourtant, ils ne sont pas autorisés à posséder des biens ou à travailler dans plus de 20 types de postes professionnels. « Durant le reste de cette année et la prochaine, nous allons continuer à amplifier la voix d'un peuple traditionnellement sans voix: les réfugiés eux-mêmes», explique Abdu. « N’ont-ils pas le droit d'être entendu? »