Genève- Une lettre urgente a été envoyée par l'Observateur Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme au Rapporteur spécial sur le droit à la liberté de réunion pacifique et d'association, Clement Nyaletsossi Voule, où il a appelé à une mission de l'ONU pour surveiller les manifestations le long de la frontière orientale de Gaza et les pratiques israéliennes contre les manifestants participant à la soi-disant La Marche du Grand retour.

Suite aux appels des groupes locaux pour des manifestations pacifiques et non-violentes revendiquant le droit au retour des réfugiés palestiniens, des milliers de civils palestiniens de différentes zones de Gaza ont commencé le 30 mars 2018 à organiser des manifestations pacifiques massives à la frontière est de Gaza près de la barrière de séparation. En réponse, l'armée israélienne a utilisé la force meurtrière contre des manifestants non armés.

Entre le 30 mars 2018 et le 20 avril 2018, les tireurs d'élite israéliens ont délibérément et directement tué 39 manifestants, dont la plupart étaient des civils non armés, et ont blessé quelque 5 000 autres, y compris des journalistes. Ces manifestants ne représentaient aucune menace pour la vie des soldats israéliens.

Ces manifestations sont le résultat du blocus israélien de 12 ans imposé aux deux millions de Palestiniens de Gaza. Ce blocus a eu un impact dévastateur sur tous les aspects de la vie quotidienne de Gaza, privant les Palestiniens de plusieurs droits fondamentaux tels que le droit à la santé, à l'éducation et à la liberté de mouvement.

L'assassinat de Yasser Murtaja, un journaliste palestinien âgé de 30 ans et père d'un enfant, a été documenté lors des manifestations. Murtaja a reçu une balle dans l'abdomen "malgré qu'il porte un gilet pare-balles clairement marqué du mot "presse". Le journaliste a succombé à ses blessures après des heures de saignement que les médecins ont échoué à arrêter.

Un tireur d'élite israélien a tiré sur un jeune homme palestinien alors qu'il faisait des prières dans l'une des zones de protestation. Un autre a été abattu alors qu'il portait un pneu et essayait de s'échapper de la frontière. Les soldats israéliens ont également tiré des bombes lacrymogènes sur un point médical qui fournissait les premiers soins aux blessés le 13 avril.

Ces assassinats et l'usage excessif de la force ont eu lieu après que de nombreux dirigeants israéliens ont publiquement menacé d'utiliser la force contre les manifestants à la barrière frontalière. Israël a refusé d'accorder les permis nécessaires pour que les blessés quittent Gaza pour se faire soigner dans les hôpitaux mieux équipés de Cisjordanie, causant plus de morts et forçant les médecins à couper les membres de certains blessés.

Le Secrétaire général de l'ONU, les experts indépendants des droits de l'homme, la Cour pénale internationale et l'Union européenne ont tous exprimé leur inquiétude face à l'utilisation d'une force excessive et injustifiée par les forces de sécurité israéliennes contre des manifestants, y compris les munitions réelles. Ils ont appelé à une enquête urgente sur la réponse des forces de sécurité israéliennes aux manifestations.

L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme a déclaré que le recours excessif à la force contre les manifestants peut constituer un crime en vertu du Statut de Rome, appelant à la fin du blocus de Gaza, qui est une forme de punition collective des citoyens palestiniens à Gaza, et constitue une grave violation de la quatrième Convention de Genève.