Genève - Jaafar Al-Kafri, un jeune homme originaire du village d'Al-Mataaiyah, dans le sud de la Syrie, est décédé peu de temps après sa libération de la prison du cinquième corps de l'armée syrienne, a déclaré L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme dans un communiqué le 12 juillet 2021, faisant part de sa profonde préoccupation.

 

Des témoins oculaires ont confirmé qu'Al-Kafri était inconscient lorsqu'il a été libéré. Son corps portait de nombreuses ecchymoses dues à son agression durant sa détention.  

   Le ministère syrien de la Défense doit ouvrir une enquête immédiate sur la mort sous la torture d'Al-Kafri et tenir pour responsables toutes les personnes impliquées   

Omar Al-Ajlouni, chercheur juridique à Euro-Med Monitor

 

Des membres de la huitième brigade du cinquième corps avaient arrêté Al-Kafri après l'avoir violemment battu lors de l'assaut de sa maison familiale et après avoir tiré sur l'un de ses proches, Samer Al-Kafri, qui a été tué. Il a été transféré à l'hôpital de la ville de Busra al-Sham, soumis à une forte protection de la Huitième Brigade.

 

Le 7 juillet, des membres de la huitième brigade ont effectué un raid dans le village d'Al-Mataaiyah après le meurtre de Talal Al-Shaqran, chef de la brigade, et de Mohammed Al-Muhailan, membre de la brigade, lors des affrontements entre les membres de la brigade et les habitants armés du village. Deux autres membres de la brigade ont été blessés au cours de ces affrontements.

 

Les forces de la huitième brigade ont fait une descente dans le village d'Al-Mataaiyah après l'incident, ont brûlé un certain nombre de maisons et ont lancé une campagne d'arrestations incluant Jaafar Al-Kafri et environ 35 autres personnes. Toutes les personnes arrêtées ont été placées dans la prison d'Al-Qala'a à Busra Al-Sham. Sept d'entre elles ont été libérées samedi, dont Jaafar Al-Kafri, après avoir subi de graves blessures dues à la torture en prison.

 

A.K., un proche d'Al-Kafri, a déclaré à Euro-Med Monitor : "Les membres de la huitième brigade ont libéré Jaafar, mais il était inconscient à cause de graves tortures. Il a été transféré à l'hôpital national de Dara'a puis à Damas vu son état de santé critique".

 

"Jaafar a été placé à l'unité de soins intensifs (USI), et il y est resté pendant des heures avant de mourir", a-t-il ajouté. "Il a souffert d'une hémorragie cérébrale suite aux violents coups reçus, qui ont entraîné des saignements dans deux parties différentes de son cerveau. Il a également souffert d'ecchymoses au niveau de la poitrine et d'un faible taux de créatine en raison de la déshydratation, ce qui a provoqué le dysfonctionnement de ses reins".

 

Un détenu libéré en même temps que lui, qui a souhaité garder son anonymat, a déclaré à Euro-Med Monitor : "Nous avons été soumis à de graves tortures à l'intérieur de la prison d'Al-Qala'a. Trois à quatre personnes se relayaient pour nous torturer ".

 

Omar Al-Ajlouni, chercheur à Euro-Med Monitor, a déclaré que l'attaque des résidents du village d'Al-Mataaiyah contre le Cinquième Corps ne devrait pas entraîner des mesures réactionnaires en dehors de la loi. Les membres du Cinquième Corps doivent respecter les procédures légales lorsqu'ils traitent avec des individus en toutes circonstances.

 

L'objectif annoncé de la formation de la huitième brigade était de protéger le gouvernorat de Dara'a, mais celle-ci a commis de nombreuses violations au cours des dernières années, notamment la détention illégale de personnes dans une prison secrète à Busra al-Sham. En outre, plusieurs cas de décès sous la torture ont eu lieu aux mains des membres de la brigade, le dernier en date étant la mort d'Al-Kafri.

 

Le ministère syrien de la Défense doit ouvrir une enquête immédiate sur la mort sous la torture d'Al-Kafri, tenir pour responsables toutes les personnes impliquées, libérer immédiatement les détenus du village d'Al-Mataaiyah et mettre fin à toutes les formes de torture et de violation des droits des détenus dans les prisons.