Des centaines de migrants dorment devant l'unique centre d'enregistrement de Bruxelles afin de déposer leur demande d'asile et de trouver un abri, mais le système d'hébergement belge semble débordé et incapable de faire respecter leur droit d'accueil et de protection, une fois de plus.

Depuis près d'un mois, chaque matin, entre 150 et 200 personnes font la queue devant l'agence Fedasil, l'agence fédérale pour l'accueil des demandeurs d'asile, dans le centre de Bruxelles, pour introduire leur demande d'asile et trouver un endroit où passer la nuit. Beaucoup ont commencé à y passer la nuit et à dormir sur le trottoir pour garder leur place dans la file, en plein milieu des rats et des ordures et dans le froid.

La Belgique compte plus de 28.000 places d'accueil au total, réparties dans 79 centres collectifs et logements individuels, mais le réseau semble entièrement saturé.

Selon Fedasil, cela est notamment dû à l'augmentation des demandes d'asile, à la réinstallation des réfugiés syriens, à l'extension de la durée de séjour dans les centres d'accueil et à la mission de rapatriement d'Afghanistan, ainsi qu'aux inondations de l'été et à la réservation de certains endroits comme sites d'isolement pour d'éventuelles infections au COVID-19.

Pourtant, tous les facteurs contributifs étaient prévisibles et traitables, les plus récents survenant encore il y a plusieurs mois, mettant en évidence un système incapable de flexibilité, d'anticipation et finalement de crédibilité.

Le personnel de Fedasil a arrêté de travailler en octobre pendant plusieurs jours pour protester contre "l'inaction de nos autorités politiques" et les coupes récurrentes dans les services lorsque les arrivées diminuent.

Toute cette situation est cyclique, structurelle et prévisible.

Le manque de capacité d'accueil est une préoccupation récurrente en Belgique. Le même centre d'arrivée a déjà été confronté à d'importantes difficultés en 2018 et 2019, lorsque le gouvernement a fixé un nombre limité de demandes d'asile par jour, jugé ensuite en contradiction avec le droit national et international par le Conseil d'État. Après ce jugement, tous les demandeurs d'asile ont été hébergés le jour même de leur demande d'asile. Cependant, en janvier 2020, le gouvernement a décidé à nouveau de limiter une nouvelle fois le droit à l'accueil.

"Ce n'est pas une question de ressources, mais de priorités. Il n'y a plus d'urgences imprévisibles ni d'arrivées massives, il est clair que le problème est structurel", a déclaré Michela Pugliese, chercheuse en migration et asile à l'Euro-Med Monitor. "Dans toute l'Europe, les États évitent de regarder la situation dans son ensemble, tous sont liés par la négligence et le manque de vision à long terme, en particulier en ce qui concerne les demandeurs d'asile et les sans-abri. Lorsque vous gérez un problème systématique avec des solutions d'urgence et des concessions temporelles, plutôt qu'avec un octroi illimité et régulier de droits, cela ne peut que se produire."

Les conséquences de la mauvaise gestion et du manque de planification sont désastreuses pour le bien-être physique et psychologique des personnes que les États devraient protéger, mais aussi pour la crédibilité des autorités belges et de l'Union européenne. En effet, la situation du logement dépasse les frontières de la Belgique, de nombreux pays européens faisant état de problèmes similaires, comme la France et les Pays-Bas.

Euro-Med Monitor appelle la Belgique à garantir à tous les demandeurs de protection internationale des soins de santé et un niveau de vie digne à tout moment ; à assurer leur droit à des conditions d'accueil matérielles dès l'introduction de leur demande d'asile, conformément à l'Art. 20(6) de la Directive sur les conditions d'accueil ; et de satisfaire leur droit de demander une protection internationale dès que possible, conformément à l'Art.6 de la Directive sur les procédures d'asile refondue.

Euro-Med Monitor appelle la Commission européenne à assurer la conformité avec le droit d'asile européen et en particulier avec la directive sur les conditions d'accueil, et à prendre les mesures d'application appropriées lorsque des préoccupations et des violations systématiques sont identifiées.