Nous sommes extrêmement préoccupés par les informations faisant état de l'expulsion de deux centres d'hébergement de l'Essonne et de Pantin, en France, de leurs résidents non-européens pour faire place aux réfugiés ukrainiens, a déclaré aujourd'hui l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme dans un communiqué, de telles politiques sont discriminatoires, inhumaines et doivent être rapidement inversées.

La semaine dernière, près d'une cinquantaine de jeunes étrangers originaires de Guinée, du Mali et d'Afghanistan auraient été informés par la préfecture de leur expulsion imminente de leur centre d'hébergement de l'Essonne, pour laisser la place aux réfugiés ukrainiens. Sans qu'aucune solution de rechange ne leur soit proposée, les jeunes, dont certains sont mineurs, ont déclaré qu'ils se retrouveraient à la rue, sans abri. Cette situation a entraîné l'interruption des activités éducatives suivies par les jeunes en question et a menacé leur bien-être général et leur santé mentale. Cet incident survient peu de temps après que 60 Afghans aient été expulsés de leur abri dans l'hôtel Ibis de Pantin afin de faire de la place aux réfugiés ukrainiens.

   Rien ne justifie que certains réfugiés ou demandeurs d'asile soient traités comme méritant davantage d'être hébergés que d'autres   

Ramy Abdu, Président d'Euro-Med Monitor

De même, en Allemagne, de nombreux demandeurs d'asile, y compris des familles entières, ont été déplacés de leurs abris dans des centres d'accueil provisoires pour faire de la place aux réfugiés ukrainiens, sans avoir la possibilité de s'opposer ou de faire appel de la décision. Plusieurs demandeurs d'asile d'origine principalement non-européenne se sont plaints du fait que le logement alternatif qui leur a été attribué est plus petit et situé loin des écoles de leurs enfants. Au moins une famille s'est plainte d'avoir été séparée et répartie dans deux abris.

Si les réfugiés ukrainiens méritent certainement les protections prévues par la charte de l'UE et le droit humanitaire international, notamment en matière de logement et d'hébergement, cela ne devrait en aucun cas se faire au détriment d'autres groupes vulnérables, notamment les demandeurs d'asile ainsi que les jeunes qui ont désespérément besoin d'un abri.

"Rien ne justifie le traitement de certains réfugiés ou demandeurs d'asile comme étant plus méritants que d'autres", a déclaré Dr.Ramy Abdu, président d'Euro-Med Monitor. "Faire de certains groupes vulnérables des sans-abris ou les reloger de force pour faire place aux réfugiés ukrainiens est une politique discriminatoire qui viole la Charte des droits fondamentaux de l'UE, en particulier le droit à un logement adéquat, ainsi que l'article 31 de la Charte sociale européenne."

Euro-Med Monitor met en garde les Etats membres de l'UE contre toute politique discriminatoire qui favoriserait certains réfugiés au détriment d'autres. Nous appelons les autorités françaises à revenir rapidement sur la fin de l'hébergement des jeunes étrangers dans l'Essonne ainsi que des 60 Afghans à Pantin, et appelons de même les autorités allemandes à revoir la relocalisation des demandeurs d'asile dans les centres d'accueil et à assurer un logement adéquat aux réfugiés ukrainiens sans violer les droits des autres.