Genève - L'indifférence persistante à l'égard des pertes de vies humaines de plus en plus nombreuses résultant du naufrage de bateaux de migrants et de demandeurs d'asile en Méditerranée reflète un échec moral catastrophique de toutes les parties concernées, a déclaré dimanche l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme dans un communiqué.

Un petit bateau en bois transportant 35 migrants et demandeurs d'asile a chaviré au large de la ville libyenne de Sabratha vendredi dernier. Six corps ont été repêchés, et 29 sont toujours portés disparus. Tous ont probablement péri, car les chances de survie sont faibles et les missions de sauvetage officielles dans la région sont absentes.

En avril, 193 migrants et demandeurs d'asile sont morts ou portés disparus dans huit noyades en Méditerranée, contre 72 à la même période l'année dernière.

Selon l'Organisation internationale pour les migrations, 560 migrants et demandeurs d'asile sont morts ou portés disparus en Méditerranée depuis le début de l'année, dont 53 au large des côtes libyennes la semaine dernière.

Les migrants et demandeurs d'asile désespérés continueront à risquer leur vie pour tenter de rejoindre l'Europe malgré les dangers qui les menacent. Il faut au contraire leur offrir de nouveaux moyens de trouver des passages sûrs, et assouplir les politiques et exigences strictes en matière d'accueil et de demande d'asile.

   L'indifférence persistante à l'égard des pertes de vies humaines de plus en plus nombreuses résultant du naufrage des embarcations de migrants et de demandeurs d'asile en Méditerranée reflète une défaillance morale catastrophique de toutes les parties concernées   

Les pays de l'Union européenne ont accueilli plus de 3,5 millions de réfugiés ukrainiens en moins d'un mois, leur ont accordé immédiatement une protection temporaire et se sont engagés à surmonter tous les obstacles pour qu'ils jouissent pleinement de leurs droits. Ces mêmes pays continuent à mettre de nouveaux obstacles sur la route des arrivées en provenance des pays du Moyen-Orient et d'Afrique. Auparavant, de grands efforts ont été déployés pour les empêcher d'atteindre l'Europe, et des accords ont été conclus avec les pays sources pour repousser les migrants et les demandeurs d'asile sans tenir compte des conséquences humanitaires qui en découlent.

Euro-Med Monitor a récemment rapporté que le nombre de migrants et de demandeurs d'asile arrivant en Europe via la Méditerranée a augmenté à environ 116 573 au cours de l'année dernière ; une augmentation de plus de 20 % par rapport à l'année 2020, qui a vu l'arrivée de 88 143 migrants et demandeurs d'asile.

De même, l'année 2021 a vu une augmentation du nombre de décès et de personnes disparues dans la Méditerranée, puisqu'environ 1 864 personnes sont mortes ou ont disparu, dont 64 enfants. Il s'agit d'une augmentation d'environ 21 % par rapport à 2020, année au cours de laquelle 1 401 personnes sont mortes ou ont disparu.

Toutes les parties concernées devraient respecter la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, qui souligne la nécessité de secourir et d'aider les personnes échouées en mer, ainsi que la Convention internationale de recherche et de sauvetage, qui exhorte les États côtiers à coordonner le sauvetage des personnes en détresse en mer.

L'Italie, la Grèce et d'autres pays européens de destination devraient activer des missions de sauvetage officielles et mettre en place des patrouilles permanentes pour assurer une réponse rapide aux incidents de noyade afin de contribuer à réduire le nombre de décès parmi les migrants et les demandeurs d'asile.

L'Union européenne devrait mettre en place un nouveau mécanisme permettant de développer des couloirs de migration sûrs afin de protéger les migrants et les demandeurs d'asile de l'exploitation des trafiquants d'êtres humains. Ils devraient également développer des mécanismes et des conditions d'accueil, cesser de rejeter arbitrairement les demandes d'asile et s'efforcer d'intégrer les migrants et les réfugiés dans leurs nouvelles communautés.