Genève - Alors que les dirigeants européens se préparent à se rencontrer à nouveau à Bruxelles, mardi 22 septembre, pour tenter de trouver un accord sur la répartition des réfugiés, l’Observatoire Euro-Med pour les Droits de l’Homme publie un rapport sur le Liban, un exemple type de la crise de plus en plus grande à laquelle est confrontée la communauté internationale aujourd’hui.

“Aujourd’hui, les débats se concentrent essentiellement sur la crise immédiate : comment arrêter les passeurs, comment les Etats doivent faire face à la crise et combien de réfugiés doivent-ils accueillir » explique le rapport. « Toutefois, il y a un problème croissant qui va exiger, sur le long terme, un sacrifice plus élevé : l’accroissement sans précédent des réfugiés dont le statut de déplacé est continu. En effet, la période moyenne qu’un réfugié passe hors de son pays est aujourd’hui de 10 ans. »

Le rapport d’Euro-Med examine le cas du Liban car il enregistre aujourd’hui le plus grand nombre de réfugiés par habitant au monde (232 pour 1000 habitants), et accueille, depuis plus de 60 ans, la population de réfugiés la plus ancienne, à savoir les Palestiniens.

“La Syrie est le pays qui produit le plus de déplacés internes et de réfugiés »  fait remarqué Ramy Abdu, directeur d’Euro-Med. « Le Liban est le pays d’accueil d’environ 1,5 million de ces réfugiés – le nombre de réfugiés par habitant le plus élevé du monde. Cet immense afflux met en péril l’économie locale et crée de la xénophobie au Liban et dans les autres pays d’accueil, poussant ainsi de plus en plus de personnes à prendre le risque de traverser la Méditerranée pour tenter leur chance en Europe. »

Le rapport ajoute toutefois que cette attention particulière pour les réfugiés syriens ne doit pas faire occulter les Palestinien vivant au Liban et faisant l’objet de nombreuses discriminations.

“Il y a un manque presque total d’attention à l’égard des 5 millions de Palestiniens vivant dans un état d’incertitude perpétuel dans les territoires occupés ou en tant que réfugiés ailleurs, dont environ 450 000 personnes enregistrées par le HCR au Liban. Cette réinstallation, la plus ancienne de l’histoire puisqu’elle dure depuis plus de 60 ans, est un outrage à la morale et il est temps d’y mettre un terme » énonce le rapport.

Euro-Med conclut le rapport en émettant plusieurs recommandations e direction des Nations Unies, des Etats membres de l’Union européenne  et d’autres acteurs qui doivent faire plus que d’« éteindre le feu » pour résoudre les problèmes persistants et systématiques qui nourrissent la crise actuelle :

 

  • Eviter de placer les réfugiés dans une situation de mendicité. Les agences d’entre-aide telles que le HCR et l’UNRWA doivent se voir attribués des fonds suffisants pour éviter que ce soient les réfugiés qui en payent le prix.
  • Renforcer les capacités d’accueil et de développement dès la base, à travers des programmes ciblés pour les réfugiés et les déplacés. Il est probable que les réfugiés passeront des années voire des décennies hors de leur pays. Donner la priorité à des aides de dépannage ne sera plus suffisant.
  • Privilégier une action du bas vers le haut plutôt que du haut vers le bas, c’est-à-dire inclure les bénéficiaires à toutes les phases de développement et de mise en œuvre des programmes d’aide.
  • Mieux soutenir les pays hôtes - et exiger que les normes soient respectées. Pour que les pays d'accueil soient en mesure de et disposés à accepter et à traiter avec humanité le flux - a priori sans fin - de réfugiés, ils doivent recevoir une aide visant à soutenir leur économie et de leurs propres citoyens. En retour, les pays d'accueil doivent, d'abord et avant tout, donner aux réfugiés le droit de travailler.
  • Alléger le fardeau en augmentant les opportunités de réinstallation. Il est temps pour les pays européens, ainsi que pour les Etats Unis, d’assumer leur responsabilité dans le déséquilibre des richesses mondiales.
  • Régler le cas particulier des Palestiniens en rétablissant leurs droits fondamentaux. Il est temps pour Israël de garantir leurs droits humains tandis qu’ils attendent une solution juste à leur déplacement.

 

Tel que le Comité américain pour les Réfugiés l’a si justement pointé, "condamner les personnes qui ont fui la persécution pour demeurer en isolement pour une grande partie de ce qui leur reste de vie est vain, inutile, hypocrite, contreproductif, illégal et moralement inacceptable."